Vérités, inconnues et idées fausses sur le SIDA
Le SIDA, cette terrible maladie, est mal connue du grand public. Et même parfois des médecins. Au début de sa découverte, vers 1983, des idées farfelues ont circulé à son sujet. Un quart de siècle plus tard, on a réalisé des progrès extraordinaires sans qu’on puisse encore fabriquer de vaccin...
Quel rapport entre SIDA et développement durable? La sexualité fait partie de la panoplie de nos besoins de base, de même que la procréation. Est-il possible de les satisfaire sans compromettre la satisfaction des besoins des générations futures si l’épidémie prolifère?
Il s’agit bien d’un débat qui doit être examiné sous la loupe du développement durable à l’instar de l’énergie ou de la production de nourriture, avec la rigueur scientifique d’usage et en laissant nos tabous au vestiaire.
Le SIDA, c’est quoi?
Sans faire de cours de médecine, rappelons les principes de base de cette maladie.
Le SIDA (syndrome d’immunodéficience acquise) est une dépression du système immunitaire qui rend le sujet nettement plus vulnérable aux maladies opportunistes ainsi qu’aux cancers ou à l’insuffisance rénale, par exemple. Il se manifeste d’abord par des pertes de poids, des infections des voies respiratoires puis des diarrhées ou des fièvres inexpliquées pendant plus d’un mois, voire une tuberculose. Enfin, au stade clinique le plus sévère, le patient peut être atteint du sarcome de Kaposi ou de toxoplasmose cérébrale.
Ces stades sont assez bien corrélés avec une diminution du taux de lymphocytes T (CD4), normalement compris entre 700 et 1.100 unités par mm³ dans un système immunitaire sain.
En dessous de 350, commencent les premiers symptômes. En dessous de 200, le patient est dans un état de SIDA avancé qui conduit à la mort.
Une maladie virale
C’est le rétrovirus VIH (virus de l’immunodéficience humaine) qui est responsable du développement de la maladie. Il provient du VIS (virus de l’immunodéficience du singe). Il existe plusieurs formes de virus qui mutent régulièrement.
Une à six semaines après la première infection, le VIH prolifère rapidement jusqu’à un million de copies virales par millilitre de sang. Le taux de CD4 diminue à 500. Quelques symptômes banals peuvent se déclarer: fièvre, céphalée, asthénie, ulcérations des muqueuses, éruption cutanée…
L’organisme réagit alors pour diminuer le nombre de copies le plus souvent en dessous de 30.000 copies par millilitre, cela en deux à trois semaines, et les symptômes disparaissent.
Mais pas le virus. Il prolifère à nouveau lentement pendant plusieurs années durant lesquelles le taux de CD4 diminue jusqu’aux développements des symptômes généraux puis des maladies opportunistes. L’état infectieux est appelé séropositivité.
Modes de transmissions
Le VIH est présent dans le sang mais aussi dans les sécrétions comme le sperme.
Il se transmet donc quand du sang ou du sperme d’une personne infectée sont en contact avec le système sanguin d’un sujet sain, par une blessure ou une plaie ouverte. Il se transmet aussi plus facilement au travers de muqueuses malsaines.
La transmission est favorisée quand le système immunitaire du patient est affaibli, notamment par l’usage de drogues.
Contrairement à ce qu’on croyait dans les années 80, le VIH n’est pas présent dans la salive et ne se transmet pas en embrassant ou en buvant au même verre qu’une personne infectée, à l’inverse de la mononucléose, par exemple. De même le virus ne se transmet pas au contact de la peau, comme la lèpre ou le choléra, ni par voie aérienne comme la grippe.
Il est sensible aux températures supérieures à 60°C et meurt rapidement en dehors du corps humain. Ainsi, le VIH ne se transmet pas par piqûres de moustiques qui le digèrent, contrairement au parasite du paludisme ou au virus de la fièvre jaune.
La transmission de sang contaminé par injection, lors d’une transfusion ou l’utilisation d’une seringue, infecte le receveur mais le virus meurt aussi rapidement à température ambiante et est rapidement détruit par des désinfectants comme l’alcool ou le chlore. Des seringues à usage unique permettent donc de limiter fortement ce risque de contamination.
Probabilités de transmission
D’après l’OMS, la probabilité de transmission par acte sexuel varie de 0,03 à 0,07% dans le cas de rapport vaginal réceptif, de 0,02 à 0,05% dans le cas de rapport vaginal insertif, de 0,01 à 0,185% dans le cas de rapport anal insertif, et de 0,5 à 3% dans le cas de rapport anal réceptif.
En moyenne donc, la transmission par voie vaginale est de 1/3500 pour l’homme si la femme est séropositive, et de 1/2500 pour la femme si l’homme est séropositif. Encore faut-il que les muqueuses des organes soient saines. Des infections comme l’herpès ou la syphilis augmentent fortement le risque de contagion. On notera aussi qu’un homme circoncis a moins de chance d’être infecté.
La transmission par rapport anal insertif est de 1/1000 et augmente à 1/50 pour un rapport réceptif avec une personne infectée. Cela explique la progression rapide de la maladie dans la communauté homosexuelle masculine surtout chez ceux qui fréquentent de nombreux partenaires.
Les statistiques sont très influencées par le degré d’infection du partenaire. Ainsi, un sujet VIH positif juste au-dessus du seuil de détection de 50 à 200 copies par millilitre est nettement moins contaminant qu’un malade du SIDA dont le taux de copies peut dépasser 1.000.000 par millilitre.
La probabilité de contamination par voie buccale en contact avec les sécrétions est quasi nulle.
Une mère séropositive risque environ une fois sur cinq de transmettre son infection en enfantant. Des techniques médicales préventives et notamment un accouchement par césarienne permet de diminuer ce risque à moins d’un pour cent.
Prévention et traitement
Il n’existe actuellement pas de vaccin après plus de vingt années de recherche.
Parmi les populations de type caucasien, il existe environ 1% d’individus dont la génétique les immunise contre le VIH.
De même, on constaterait qu’environ 5% des prostituées brésiliennes en contact quotidien avec le VIH semblent développer une immunité qui retombe cependant rapidement si elles interrompent leurs pratiques. Ces populations paradoxales suscitent des espoirs de vaccin, dont la mise au point risque cependant d’être trop longue. De plus, ces hypothèses sont très controversées.
Contrairement à une infection classique comme la rougeole, par exemple, l’incubation du SIDA dure plusieurs années et les symptômes sont loin d’être aussi visibles.
Il est aussi difficile de réaliser des tests sur des populations cobayes saines sans compromettre les règles d’éthique.
Le virus du SIDA mute rapidement à l’instar de celui de la grippe. Cela complique également la mise au point d’un vaccin.
Un usage correct du préservatif lors des rapports sexuels diminue les risques de transmission à plus de 99% mais une mauvaise utilisation fait retomber cette statistique à 90% (à l’instar de la couverture contraceptive).
La multithérapie permet de traiter une personne malade du SIDA en faisant remonter son taux de CD4 au-delà de 500 par mm³. La personne infectée ne présente plus les symptômes de sa maladie moyennant un traitement financièrement coûteux et loin d’être neutre pour l’organisme, mais elle reste séropositive. Le risque de transmettre la maladie à un sujet sain diminue.
Epidémiologie mondiale
D’après le programme ONUSIDA, il y aurait environ 33 millions de personnes infectées par le VIH dans le monde dont plus de 30 millions dans les pays en développement. La maladie contamine 2,5 millions de personnes par an dont 1,7 million rien qu’en Afrique subsaharienne.
Sur la carte ci-dessus, la superficie de chaque pays reflète la proportion des séropositifs de la planète (âgés de 15 à 49 ans) vivant dans ce pays en 2003.
Les habitants de nombreux pays en développement n’ont pas accès aux traitements, trop coûteux. Pour une personne qui gagne moins de 2€ par jour, même le préservatif est trop cher. De plus, son usage est souvent interdit par conviction religieuse. Les gouvernements manquent souvent de moyens ou de volonté politique pour informer les populations.
En Afrique subsaharienne, berceau du virus où il est apparu vraisemblablement au début du 20e siècle, la pandémie s’est étendue à 22 millions de personnes.
L’Afrique du nord et le Moyen-Orient comptent moins de 400.000 personnes infectées.
Ainsi, l’Afrique dénombre environ 22,5 millions de personnes contaminées sur 960 millions soit 2,3% en moyenne avec d’énormes différences d’un pays à l’autre.
Le tourisme sexuel est responsable de 4,8 millions de personnes infectées en Asie sur 4 milliards de personnes soit un peu plus d’une personne sur mille.
L’Europe occidentale dénombre 760.000 personnes infectées sur 437 millions, soit un peu moins de deux personnes sur mille.
Enfin, en Amérique latine, il y a 1,6 millions de personnes infectées sur 580 millions, soit un peu moins de trois pour mille.
En Amérique du nord, on compte 1,3 millions de personnes infectées sur 342 millions, soit un peu moins de quatre pour mille.
Parmi les gens infectés, on compte 40% d’hommes et 60% de femmes. Cette disproportion s’explique par le mode de transmission qui est plus élevé pour les rapports réceptifs.
Les communautés à risque dans les pays développés
Les statistiques de transmission permettent d’expliquer les écarts importants de personnes infectées dans les communautés à risque.
Alors que la maladie n’était pas connue, début des années 80, les transfusions au sang contaminé entraînaient très souvent une infection. Aujourd’hui, ce danger est éliminé car les donneurs sont systématiquement analysés.
Les toxicomanes qui pratiquent l’échange de seringues mal désinfectées augmentent le risque de transmission par intraveineuse.
Comme nous l’avons vu, la communauté homosexuelle/bisexuelle est particulièrement affectée.
Les personnes originaires d’Afrique subsaharienne constituent aussi une communauté à risque.
Et en Belgique?
D’après l’Institut scientifique belge de santé publique (ISSP), voici la situation au 31 décembre 2007.
Depuis le début des statistiques en 1986, 20.007 personnes ont été recensées séropositives. Depuis 2003, il y a en moyenne 1000 cas nouveaux par an.
Il est vraisemblable qu’il en existe environ 500 de plus qui n’ont pas encore été dépistés. En effet, environ 50 personnes par an découvrent leur séropositivité lors du diagnostique du SIDA. Ils proviendraient de 500 personnes infectées qui l’ignorent, avec une incubation moyenne de 10 ans.
Parmi les 20.007 personnes recensées séropositives, 3769 ont été diagnostiquées malades du SIDA.
Dans les deux cas, il faut décompter les personnes identifiées mais décédées ou émigrées.
Il n’est donc pas évident d’estimer le nombre de personnes séropositives en Belgique à moins de procéder à des tests statistiques sur un grand nombre de résidents au hasard.
André Sasse de l’Institut scientifique de santé publique (ISSP) pense qu’il y aurait environ 12.000 personnes infectées résidentes en Belgique.
En étudiant les statistiques de dépistage entre 2000 et 2006 (lire «Combien de séropositifs en Belgique?»), on peut alors estimer que 48% de cette population contaminée, soit 5763 personnes proviennent d’Afrique subsaharienne où la maladie est largement plus répandue. Sachant qu’il y a environ 60.000 résidents d’origine subsaharienne en Belgique, environ 10% d’entre eux seraient séropositifs.
Environ 25% des 12.000 séropositifs belges, soit près de 3000 personnes, feraient partie de la communauté homosexuelle/bisexuelle -leur nombre est en augmentation. En supposant que 3% de la population masculine belge forment une communauté de 150.000 homo/bisexuels, 2% seraient infectés.
Les contaminations par transmission intraveineuse (transfusion, toxicomanie) et mère-enfant à l’accouchement seraient inférieures à 2%, soit moins de 250 personnes.
Seuls 8% des personnes infectées, soit environ 1000 personnes, ne font partie d’aucun de ces groupes à risque et forme ce qu’on peut appeler le « groupe neutre ». En Belgique, il y a environ 10 millions de personnes qui ne font pas partie de la communauté homo/bisexuelle ou subsaharienne ou toxicomane. Parmi cette communauté, seulement 0,01% des personnes seraient infectées, soit environ 400 hommes et 600 femmes.
Une «chance» sur 30 millions
Le risque zéro n’existe pas mais supposons qu’un homme sain ait une relation vaginale non protégée avec une femme de la communauté neutre qui a donc une occurrence sur 8000 d’être séropositive. Le risque d’être contaminé est d’environ 1 sur 30 millions soit moins que le risque d’attraper le cancer si une personne fume une seule cigarette à côté de vous ou bien celui de mourir en parcourant 1 km à vélo.
Une femme saine qui a un rapport vaginal avec un homme de la communauté neutre a la même probabilité d’être infectée. En admettant qu’il puisse faire partie de la communauté homo/bisexuelle (3000 sujets infectés supplémentaires), la probabilité est d’environ 1 sur 4 millions.
Le danger d’un rapport anal réceptif avec ce même partenaire bondit à 1 sur 73.000 soit environ le risque de décéder d’une chute durant les 30 prochains jours.
Dans tous ces cas de figures, il y a un écart entre la crainte de la maladie et le danger réel. Celui-ci a été véhiculé par des films dans les années 80 ainsi que des campagnes de sensibilisation nécessaires mais volontairement non nuancées.
En effet, ces campagnes d’information et de prévention ne pouvaient se permettre de préciser ces statistiques extrêmement discriminantes qui auraient pointé du doigt les personnes d’origine subsaharienne, les homosexuels masculins et les toxicomanes.
Bien entendu, la majorité de la population de ces communautés n’est pas infectée par le VIH. Simplement le risque qu’elle ne le soit pas est plus important que dans la communauté neutre.
Un dépistage individuel indispensable
Il n’est donc pas utile de se faire un sang d’encre au moindre déchirement de préservatif voire si on oublie sporadiquement de se protéger. Un test de VIH vous rassurera définitivement dans l’immense majorité des cas.
On objectera qu’il vaut mieux ne pas jouer avec la chance et systématiser l’usage du préservatif puisqu’il diminue davantage le risque.
C’est vrai mais le risque est notre quotidien. Pourquoi la voiture, le cheval, le vélo, le ski, la consommation d’alcool ou de nourriture moins diététiques? Nous pratiquons chaque jour une balance d’intérêt entre le danger et le plaisir procuré par ces pratiques. Encore faut-il être bien informé des statistiques pour réaliser le juste équilibre de cette balance d’intérêt.
Dans le cas du SIDA, certains peuvent éprouver un plaisir moindre à l’utilisation du préservatif ou trouver que «mettre des gants» de crainte d’être infecté par son partenaire casse l’image d’Epinal de la relation amoureuse.
Il semble en tout cas indispensable que chacun se prête au dépistage du VIH afin de savoir s’il peut contaminer ou non son partenaire en cas de rapports non protégés. D’autant plus qu’il existe aujourd’hui des thérapies pour traiter la maladie ou la prévenir ainsi que pour diminuer la virulence de la personne infectée.
Une personne séropositive peut avoir une vie sexuelle normale à condition de systématiser l’usage du préservatif.
Dépistage et statistiques
Les taux de séropositivité varient fort d’un pays à l’autre. Il faut cependant relativiser la probité des chiffres puisque les dépistages ne sont jamais systématiques et que les techniques statistiques augmentent la probabilité d’erreur.
Au Sénégal, par exemple, le taux n’est que de 1% alors qu’il grimpe à 7% au Congo où le SIDA a été identifié la première fois en 1959.
En 1992, l’Ouganda subissait un taux de séropositivité de 30%. Grâce à une campagne de sensibilisation en encourageant l’usage systématique du préservatif le taux de prévalence est retombé à 6% en 2004.
Par contre, le gouvernement sud africain a nié la relation de cause à effet entre le VIH et le SIDA ainsi que son mode de transmission par voie sexuelle. Pour eux, c’était une invention des pays occidentaux pour discriminer les populations africaines. En quelques années, le taux de séropositivité a grimpé à 30%.
Le futur n’est pas maintenant
Le vaccin contre le SIDA risque de se faire attendre longtemps encore, contrairement aux traitements. Quand bien même celui-ci existerait, il faudrait encore l’administrer aux milliards d’humains les plus concernés mais aussi les plus pauvres.
Faudra-t-il admettre que la maladie tue des millions de personnes chaque année comme le paludisme faute de moyens financiers et humains pour le soigner?
Peut-être aussi l’espèce humaine va-t-elle réagir par darwinisme et évoluer vers une résistance accrue à ce rétrovirus. Ainsi, la population simiesque a-t-elle évolué vers plus de résistance, et vit aujourd’hui sans être particulièrement menacée avec le VIS sans avoir pratiqué ni prévention ni traitement bien évidemment.
La discrimination est injustifiable
Dans l’état actuel des connaissances, il est cependant clair que la discrimination à l’égard des personnes contaminées ne se justifie absolument pas. La probabilité de contagion en dehors des pratiques sexuelles étant quasi inexistante, infiniment moindre que celle d’attraper une grippe – 220.000 morts en 2007 dans l’Union européenne – ou de développer un cancer en présence de fumeurs. Il serait excessif d’interdire l’accès d’un séropositif dans un groupe sain (bureau, école, centre de loisirs…).
Il faudra cependant encore des années pour que la population abandonne ce réflexe d’exclusion à l’égard des séropositifs tant nous avons été mis en garde depuis 25 ans contre cette maladie paradoxale, à la fois très peu contagieuse mais très mortelle dans le monde, surtout dans le tiers-monde.
Laurent Minguet
Sources:
ISSP, Epidémiologie du SIDA et de l’infection à VIH en Belgique (31 décembre 2006).
ISSP, Le VIH/SIDA en Belgique (31 décembre 2007).
INED, Populations en chiffres.
Office des étrangers, Statistiques, Population étrangère/Royaume par nationalité (2 janvier 2009).
Wikipedia, SIDA. - Discussions avec Michel Moutschen (Université de Liège) et André Sasse (ISSP/OMS).
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04 janvier 2009
SIDA et DD
Combien de séropositifs en Belgique?

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En jaune figurent les statistiques données par l’Institut scientifique de santé publique (ISSP) pour les résidents belges, hommes et femmes, ainsi que tous résidents confondus (belges + étrangers) pour trois périodes entre 2000 et 2006.
Le nombre d’hommes ayant contracté le virus par voie hétérosexuelle (374) semble trop élevé par rapport à celui des femmes (234). En effet, la transmission par voie hétérosexuelle devrait plutôt faire apparaitre une statistique 60%-40% à majorité féminine comme on observe dans les communautés où le taux d’homosexualité est négligeable. Si le nombre des femmes est correct, on en déduit que celui des hommes est de 156 au lieu de 374. La différence (218) serait alors le nombre d’hommes qui ont été infectés à la suite d’un rapport homosexuel mais qui n’ont pas osé l’avouer. Nous avons donc ajouté ce nombre aux 959 qui ont reconnus avoir été contaminé par des rapports homosexuels.
Il est intéressant de constater que le groupe des transmissions par accouchement ou transfusion sanguine comporte un nombre similaire d’hommes et de femmes (en vert sur le tableau), ce qui conforte les statistiques.
Comme il y a 48 hommes infectés par prise de drogue intraveineuse (75%) contre seulement 16 femmes (25%), on peut en déduire qu’il y a trois fois plus de drogués chez les hommes que chez les femmes.
Comme l’ISSP nous livre le nombre total de Belges infectés entre 2000 et 2006 (1659) ainsi que le nombre total de résidents belges et étrangers infectés sur la même période (4787). On en déduit qu’il y a 3128 résidents étrangers infectés dont 73,5% d’origine subsaharienne.
Si on estime à 12.000 le nombre total de résidents infectés et qu’on admet que la proportion des groupes reste constante, on en déduit leur effectif respectif : 4159 pour les belges dont 2951 homosexuels, 978 hétérosexuels, 161 drogués par intraveineuse, 45 transfusés et 26 transmissions par la mère lors de l’accouchement (dernière colonne du tableau).
Il y aurait donc 7841 résidents étrangers infectés dont 5763 d’origine subsaharienne.
Il est certain qu’il y a une marge d’erreur dans ces statistiques extrapolées mais elles nous donnent un ordre de grandeur réaliste des principaux groupes : subsaharien, homosexuel et neutre.
01 janvier 2009
Voiture à hydrogène: je n’y crois pas!

Du coûteux platine dans la pile, trois fois moins d’énergie dans le réservoir, 70% de pertes énergétiques dues à l’électrolyse de l’eau, au transport et à la compression de l’hydrogène, une masse 40% supérieure à celle d’un véhicule classique équivalent… Les premières voitures à hydrogène accumulent décidément les tares!
Nouvelle pâture réjouit les veaux! Voici donc les premières voitures à hydrogène d’une autonomie de 500 km, dépassant la limite de vitesse autorisée avec une pointe à plus de 130 km/h. Fonctionnant avec une pile à combustible, l’hydrogène se combine silencieusement avec l’oxygène de l’air pour produire de l’électricité qui alimente un moteur électrique. De puissantes batteries Lithium-ion permettent au véhicule de démarrer à froid et de récupérer une partie de l’énergie au freinage ou en descente, à l’instar d’un véhicule hybride comme la Prius 2 de Toyota.
Du coûteux platine dans la pile
Nissan et Renault, qui expérimentent actuellement des prototypes, projettent de sortir leurs modèles de série vers 2015, Inch Allah! A quel prix? Mystère... Ce qui est sûr, c’est que la pile à combustible qui utilise du platine coûte actuellement plusieurs dizaines de milliers d’euros. Et le prix du platine ne risque pas de fondre dans le futur, surtout s’il est utilisé massivement tant pour produire de l’hydrogène avec de l’électricité par électrolyse de l’eau que dans des piles à combustibles destinées à consommer cet hydrogène...
3 fois moins d’énergie dans le réservoir
Comprimé à 700 bars, le réservoir de 125 litres stocke 3 fois moins d’énergie qu’un même volume d’essence ou de diesel. Cette pression est par ailleurs fort dangereuse. En cas d’incident, le véhicule exploserait comme une grenade, causant vraisemblablement la mort des passagers mais également des dommages dans un rayon de plusieurs dizaines de mètres comme l’explosion accidentelle des bonbonnes de plongée sous-marine.
40% plus lourd
A capacité égale, le véhicule pèse 40% de plus qu’un véhicule classique pour embarquer sa lourde technologie. Or, la consommation d’un véhicule en dessous de 90 km/h est quasi proportionnelle à son poids. Il faut donc 40% d’énergie supplémentaire pour effectuer un même trajet.
Il n’existe pas de gisement d’hydrogène. Sa production actuelle est faite avec du méthane, combustible fossile qui produit donc du CO2.
Electrolyse + transport + compression = 70% de pertes!
Dans le futur, on envisage de produire l’hydrogène par électrolyse de l’eau avec de l’électricité nucléaire ou renouvelable. Il faudra cependant consentir à perdre au moins 70% de l’énergie électrique initiale dans la chaîne de l’électrolyse de l’eau (40%) puis du transport de l’hydrogène (30%), vecteur énergétique 3 fois moins performant que le méthane, ensuite dans la compression à 700 bars (30%).
Avec un prix actuel de 6 centimes par kWh pour l’électricité éolienne, le kWh d’hydrogène comprimé coûterait donc environ 0,2€ soit 2€ pour l’équivalent d’un litre de LPG qui coûte actuellement 0,5€.
(M)éthanol à partir de bois-énergie renouvelable
Je crois davantage dans l’éthanol ou le méthanol produits à partir de bois renouvelable sans peser sur les surfaces agricoles réservées à l’alimentation. Dans ce cas, le bilan CO2 est quasi neutre. Ces carburants peuvent produire facilement la force motrice dans un moteur thermique au rendement de 30% à 35% un peu inférieur au rendement d’une pile à combustible de type PAFC (35% à 45%) mais dont le surpoids augmente in fine la consommation par km.
Le transport et le stockage de carburants liquides ou liquéfiables à température ambiante comme le LPG rendent leur utilisation bien plus économique et bien moins dangereuse que l’hydrogène ou le méthane qui doivent être stockés à haute pression dans de pesantes bonbonnes d’acier.
Rendez-vous donc dans 10 ans pour vérifier quel carburant et quel moteur remportera la bataille du transport!
Laurent Minguet
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Buzz autour d’un mythe
L’électron va-t-il doubler l’hydrogène?
Buzz autour d’un mythe

Ces derniers mois, plusieurs grands constructeurs se sont mis à prêter ou louer des véhicules à hydrogène, principalement en Californie où la législation sur la pollution de l’air est l’une des plus strictes au monde. Leurs motivations? Soigner leur image écolo, tester les réactions des automobilistes, mais aussi entretenir un vieux «serpent de mer» générateur de subsides publics.
Dans une grande opération de marketing écologique, le mastodonte étasunien General Motors s’est mis à prêter des 4x4 Chevrolet Equinox à pile à combustible à plusieurs automobilistes étasuniens, principalement des gens vivant à proximité de stations-services à hydrogène (il n’en existe actuellement que 61 sur tout le territoire US, contre plusieurs dizaines de milliers de stations à essence).
Honda a pour sa part commencé à louer 200 FCX Clarity, une cinq places/cinq portes à hydrogène. Sa cible? La Californie et le Japon. Dans la droite ligne de la «Prius mania» qui avait frappé Hollywood il y a trois ans, des people comme l’actrice Jamie Lee Curtis (Un poisson nommé Wanda, Un fauteuil pour deux…) et d’autres personnalités du showbiz soucieuses de cultiver une image écolo-responsable font la promo du véhicule «vert» du constructeur nippon.
Quant au géant allemand BMW, il prête également sa série 7 Hydrogène à des personnalités telles qu’Albert de Monaco, Placido Domingo ou le vice-président de la Commission européenne chargé des entreprises et de l’industrie, l’Allemand Günter Verheugen qui en a eu la primeur l’an passé. Ces BMW sont équipées d’un moteur à combustion traditionnel qui, peu de gens le savent, peut fonctionner tant avec de l’essence qu’avec de l’hydrogène. Point de batteries donc, et encore moins de piles à combustible dans cette limousine allemande dont 100 exemplaires seulement ont été fabriqués.
Les utilitaires urbains et la frime
Plus près de chez nous, le groupe PSA Peugeot Citroën poursuit ses recherches sur la filière hydrogène, mais n’envisage pas de diffusion «grand public» avant 2015-2020. Il reste «un certain nombre de verrous technologiques à lever» avant de penser sérieusement à une commercialisation de série, explique Jean-Pierre Goedgebuer, directeur scientifique du groupe. Ces verrous sont notamment le coût de la pile (qui devra être divisé par dix) et sa durée de vie (actuellement de 2.000 heures, soit 100.000 km, une durée de vie qui nécessiterait au minimum d’être doublée). Aujourd’hui, ces véhicules sont impayables: un prototype réalisé chez PSA revient à 500.000 euros environ. Le marché? Selon Goedgebuer, les véhicules à pile à combustible viseront essentiellement deux types de clientèle: celle des véhicules de livraison à usage urbain et celle des «véhicules d’image» liés aux loisirs.
Reste que sur ces deux créneaux, les véhicules à l’hydrogène pourraient bien se faire damer le pion par leurs cousins électriques (lire ci-dessous «L’électron va-t-il doubler l’hydrogène»). En effet, la recherche sur la pile à combustible profite aussi aux véhicules électriques traditionnels fonctionnant sur batteries. En France, la Poste annonce par exemple qu’elle utilisera 30% de véhicules électriques en 2013. Quant au géant US United Parcel Service (UPS), il vient de commander 12 utilitaires 100% électriques à la petite société britannique Modec. La moitié sillonnera les routes allemandes dès l’an prochain, l’autre celles du Royaume-Uni. Ce n’est certes qu’un début, mais les prototypes électriques sont prêts — même s’il reste plusieurs questions en suspens. Par ailleurs, la question du «plein» ne se pose pas vraiment puisqu’il suffit de «brancher» ces véhicules sur secteur pendant la nuit, lorsque les centrales thermiques (gaz, nucléaire, charbon...) sont en surcapacité.
L’UE mise un milliard sur l’hydrogène
Malgré ces tendances qui semblent aujourd’hui se dessiner, et en dépit des nombreux verrous technologiques qui «castrent» actuellement la filière hydrogène (lire notre édito ci-dessus, «La voiture à hydrogène, je n’y crois pas!»), l’Union européenne (UE) vient de décider de mettre le paquet sur cette technologie. Objectif: rattraper son «retard» sur les Etats-Unis, le Canada et le Japon. L’UE vient de décider d’injecter un milliard d’euros dans cette filière énergétique hasardeuse la moitié financée par la Commission, l’autre moitié par un consortium industriel.
L’objectif de l’UE, ambitieux, est de faire de l’hydrogène un «vecteur des énergies renouvelables». C’est-à-dire l’utiliser comme le maillon d’une chaîne énergétique propre, permettant de stocker et de restituer à la demande des kilowatts renouvelables issus de sources intermittentes - vent, solaire photovoltaïque, marées, etc. Ambitieux, donc, car pour l’instant l’hydrogène est clairement le «maillon faible» de cette chaîne d’énergie hypothétique rêvée notamment par Jeremy Rifkin, et promue par celui-ci au plus haut niveau européen, tant auprès de la Commission (l’ancien président Romano Prodi a fortement «poussé» l’hydrogène durant son mandat, et son frère Vittorio, eurodéputé, a repris le flambeau) que des milieux d’affaires (Rifkin était l’invité vedette du dernier Sommet européen des affaires en février dernier à Bruxelles).
Verheugen n’y croit pas
Reste que la voiture à hydrogène n’est qu’un des nombreux axes de recherche qui seront développés dans le cadre de ce «plan Marshall» européen pour l’hydrogène. Bruxelles souhaite que les véhicules qui carburent à l’hydrogène représentent 5% du parc automobile européen en 2020. Pour favoriser l’arrivée de ces voitures sur son marché intérieur, l’Union européenne a donc décidé d’uniformiser leur homologation dans les 27 Etats membres. Le Parlement européen a récemment donné son feu vert à une proposition de la Commission allant dans ce sens, laquelle devrait rapidement aboutir à l’adoption d’un texte officiel.
L’Europe prévoit une fabrication de masse des voitures à pile à combustible pour 2018-2020. Réaliste? Pour Florent Petit, le pourtant optimiste directeur de l’Institut FC Lab à Belfort (le centre d’essais français sur la pile à combustible), «on reste dans l’ordre du pari». Même son de cloche, plus grave, du côté du Commissaire européen à l’industrie Günter Verheugen, très courtisé par l’industrie automobile allemande et «bêta testeur» de la BMW série 7 hydrogène: «Je ne suis pas convaincu que la voiture à hydrogène sera la voiture du futur. J’ignore si cela fonctionnera un jour. Dans tous les cas, il est certain que cette technologie n’aura pas d’impact dans les 10 à 15 prochaines années.» D.L.
L’électron va-t-il doubler l’hydrogène?

La mise en place de péages urbains, comme à Londres et peut-être prochainement à Bruxelles, booste le marché naissant de la voiture électrique — exemptée de droit d’entrée pour rouler en ville. Le début de la fin pour les véhicules à hydrogène?
Lancée en 1996, la première voiture électrique de série, la EV1 de General Motors (constructeur qui ne serait peut-être pas au bord de la faillite s’il avait poursuivi la voie des véhicules peu polluants au lieu de s’enfoncer dans l’impasse Hummer) a connu un destin funeste. Dans le documentaire de Chris Paine, Qui a tué la voiture électrique?, l’acteur Martin Sheen (Apocalypse Now, Ghandi...) raconte les déboires de ce véhicule historique dont la disparition soudaine, en 2003, a alimenté toutes sortes de théories. Officiellement, la EV1 n’était pas rentable, ses batteries au nickel (NiMH) pas au point et la demande trop faible. Rideau.
Aujourd’hui, le vent a tourné. L’heure des «plug-in» électriques, ces voitures que l’on branche littéralement sur la prise de courant pour recharger leur batterie, semble avoir enfin sonné. «Leurs performances sont désormais très compétitives, les habitudes de consommation changent, les problématiques environnementales et énergétiques sont une priorité pour les politiques prêts à mettre en place des mesures d’une ampleur suffisante pour changer les paradigmes», analysait récemment le Boston Consulting Group. Plusieurs voitures électriques sont disponibles aujourd’hui sur le marché, dont la petite indienne Reva, commercialisée en Belgique depuis janvier 2008 pour 14.500 euros environ.
Le marché existe déjà
Ces véhicules doivent notamment leur essor à l’instauration de péages urbains qui, comme à Londres, dispensent de droit d’entrée certains véhicules peu polluants — dont ceux propulsés à l’électricité. Ainsi la Reva, baptisée G-Wiz outre-Manche, a-t-elle transformé Londres en capitale mondiale de l’auto électrique. D’autres municipalités choisissent d’offrir le parking gratuit à ces véhicules, afin d’inciter les acheteurs potentiels à franchir le cap de l’achat.
En Europe, 15% à 20% des automobiles ne quittent jamais la ville. L’autonomie et la puissance des voitures à moteur thermique ne leur sont donc pas nécessaires. «En France, les seconds véhicules — souvent des voitures urbaines — représentent 30% du parc et sont dans bien des cas de bons candidats à l’électrique», précise le Boston Consulting Group, qui ajoute que si 15% du parc automobile français se convertissait à l’électrique, la demande annuelle en électricité n’augmenterait que de 3%. Un vrai marché existe donc déjà pour ce type de véhicule.
Certains constructeurs ne s’y sont pas trompés. Fin 2009, la B0 (prononcer «bé zéro»), une citadine à quatre portes et quatre places, sera produite en série à Turin par la joint-venture Pininfarina-Bolloré. Alimentée par des batteries lithium métal polymère (LMP) qui, contrairement aux batteries lithium-ion, ne présentent pas de risque d’incendie, la B0 devrait jouir d’une autonomie de 250 km et d’une vitesse de pointe de 130 km/h, le tout pour un prix qui devrait tourner autour des 15.000 euros.
Renault parie sur l’électricité
De leur côté, Renault et le gouvernement espagnol étudient la possibilité de faire rouler d’ici trois ans des voitures 100% électriques sur les routes ibériques. L’objectif — très ambitieux — de Madrid est d’atteindre le million de voitures électriques d’ici 2011 (sur un parc automobile d’environ 30 millions d’unités aujourd’hui). La marque au losange prévoit d’ores et déjà d’écouler 20.000 à 40.000 véhicules électriques en 2011 et 100.000 en 2012. A titre comparatif, le groupe PSA en a vendu 10.000 entre 1995 et 2005.
Outre la France, et vraisemblablement l’Espagne, le constructeur français a la ferme intention d’écouler ses modèles au Danemark, en Israël et au Portugal d’ici moins de trois ans. Des partenariats ont été noués avec EDF ainsi qu’avec l’entrepreneur Shai Agassi et son projet «Better Place», lequel vise notamment à installer des réseaux de bornes de recharge de batteries pour véhicules électriques en se basant sur le business model de la téléphonie mobile (cartes pré-payées, abonnements, etc.).
Les plans de BMW sont pour leur part moins ambitieux: construire 500 Mini électriques (Mini E) destinées au marché californien et qui seront louées 850$/mois. General Motors annonce quant à lui la commercialisation en 2010 de la Chevrolet Volt... au nom trompeur puisqu’il s’agit d’une voiture hybride qui dispose sous le capot d’un moteur thermique utilisé comme générateur de courant.
La voiture électrique et ses inévitables variantes hybrides vont-elles doubler leur consœur à hydrogène? C’est plus que probable. L’enterreront-elles définitivement? Pas sûr. Difficile de jouer les devins, mais sur un horizon énergétique à long terme (2030-2040), lorsque les très nombreux freins technologiques au déploiement de la filière hydrogène (production renouvelable en masse, stockage sûr, réseau de distribution, etc.)auront été levés — s’ils le sont un jour —, l’«hypothèse hydrogène» de Jeremy Rifkin pourra enfin être prise au sérieux.
Dans l’immédiat, l’hydrogène a plusieurs tours technologiques de retard sur son concurrent l’électron... D.L.
