16 octobre 2009

Le paradoxe du cloisonnement

Les limites de la méthode cartésienne (1/6)



La logique cartésienne qui consiste à découper les gros problèmes en petits problèmes, plus aisés à résoudre séparément, montre ses limites dès qu’un système devient complexe ou non linéaire. Ainsi, le saucissonnage par le législateur de la «chasse aux pollutions» élimine des solutions qui pourraient être globalement bien meilleures pour l’environnement.

Quand on cherche à optimiser un système, le bon sens nous suggère qu’en choisissant ce qu’il y a de meilleur pour l’ensemble des éléments le constituant, on aboutit au meilleur système. Ainsi, en composant un menu avec la meilleure entrée, le meilleur plat et le meilleur dessert, je choisirais probablement le meilleur repas possible (pour autant qu’on puisse quantifier avec une seule variable numérique la qualité de chaque plat).

Selon cette logique, le législateur a par exemple fixé des normes strictes en ce qui concerne les propriétés isolantes des matériaux de construction d’une maison. Mais il n’a pas précisé les surfaces relatives des murs et des fenêtres. Résultat, il est possible, avec des matériaux un peu moins isolants – et souvent beaucoup moins chers – que ceux prescrits par la norme, de construire une maison mieux isolée qu’un immeuble identique répondant aux normes.

L’astuce? Réduire la surface des fenêtres, beaucoup moins isolantes qu’un mur. En jouant sur ce seul paramètre, non pris en compte par le législateur, on pourrait atteindre à moindre coût les objectifs sociétaux que le législateur s’est fixés en rédigeant la loi (lire «Isolation d’une maison: le tout est supérieur à la somme des parties»). Après tout, ce qui compte pour l’environnement, c’est que la maison dans son ensemble réponde à la norme d’isolation globale fixée pour le bâtiment. Pourquoi diable imposer en sus des normes pour chacun des matériaux utilisés?

L’environnement, première victime du cloisonnement

Ce «cloisonnement» de la chasse aux pollutions élimine ainsi des solutions globalement meilleures pour l’environnement car on fixe trop souvent les critères en fonction de l’état de la technologie et non en adoptant une réflexion plus globale, qui réalise de meilleures balances d’intérêts.

On retrouve ce «paradoxe du cloisonnement» dans l’interdiction formelle de chauffer de l’eau sanitaire à partir d’une source électrique (lire «Interdiction de chauffer de l’eau électriquement: un totalitarisme inique»), ou dans les normes trop strictes (ou mal pensées) qui régissent la pollution des chaudières collectives et des incinérateurs à déchets (lire «Les normes anti-pollution trop sévères pour les chaudières collectives sont contre-productives»). Il est également à l’origine d’un engouement déraisonnable pour la voiture à hydrogène (lire «Le mirage de la voiture à hydrogène, rejeton du cloisonnement»), et d’un regain d’intérêt pour les pompes à chaleur qui pourtant n’ont la plupart du temps aucun avantage écologique (lire
«Pompes à chaleur, pompes à fric pour les producteurs d'électrons»).

Les effets pervers de ce cartésianisme excessif sont multiples et minent le développement durable. Les maisons bien isolées sont plus chères que ce qu’elles pourraient coûter. Le développement des systèmes de chauffage collectif est plombé au profit des chaudières individuelles, dix fois plus polluantes. D’énormes budgets de recherche sont engloutis dans une filière hydrogène sans avenir, au détriment des accumulateurs et d’autres pistes théoriquement beaucoup moins farfelues. Des primes distribuées par les pouvoirs publics sont gaspillées dans l’installation de pompes à chaleur profitant surtout aux producteurs d’électricité.

La parabole de l’anguille

Un autre exemple de cloisonnement intenable dans une perspective de vrai développement durable concerne la protection de l’environnement et la production d’énergie, sous tutelles politiques différentes là où un régulateur unique s’impose.

On le sait, une vive polémique oppose les naturalistes et les hydroélectriciens. Les premiers reprochent aux centrales des seconds de transformer en sushi les rares anguilles qui remontent de la mer des Sargasses. En pratique, on peut estimer que cette mésaventure affecte une anguille sur cent, bien que les statistiques soient très difficiles à établir. Les quelques stations hydroélectriques en Région wallonne seraient donc responsables de la diminution sensible de la population d’anguille constatée depuis une dizaine d’années.

D’aucuns pensent que cette diminution est davantage le fait des pêcheurs industriels japonais et chinois qui (sur)pêchent l’anguille dans les estuaires incontournables pour rejoindre nos rivières. Toujours est-il qu’en vertu du principe de précaution, certains environnementalistes n’hésitent pas à exiger la fermeture des centrales pendant la moitié de l’année où migrent les anguilles. Ceci doublerait le prix de revient – déjà fort élevé – de cette électricité renouvelable, ce qui tuerait sa compétitivité sans qu’on ait résolu le problème de la diminution de la population des anguilles.

Il en va de même pour le développement de l’éolien. On fustige les problèmes que les éoliennes causent aux oiseaux migrateurs. Il est certain qu’une éolienne peut avoir un impact mortel sur quelques oiseaux à l’instar des buildings, des avions de tourisme ou des orages. L’impact éventuel sur la population ne doit cependant pas éluder le débat sur la balance d’intérêts, et fixer un seuil admissible d’animaux accidentés par an de manière à ne pas conduire à la disparition de l’espèce est sans doute une bonne idée.

Un fonctionnaire omnipotent

D’autres critiques sont d’ordre purement esthétique. Le cloisonnement en confine l’appréciation au seul fonctionnaire de l’aménagement du territoire, comme celui qui m’a avoué ne pas comprendre mon obstination à construire des bâtiments bioclimatiques dès lors que l’avenir était, selon lui, le chauffage à l’électricité nucléaire…

Le souci esthétique réclame une réflexion supplémentaire puisqu’il est purement subjectif et très évolutif. Les exemples sont nombreux de bâtiments autrefois honnis par la population qu’on n’imaginerait même pas d’éliminer aujourd’hui, comme la Tour Eiffel ou l’Atomium qui, dans les deux cas, tranchaient pourtant avec les règles urbanistiques de l’époque.

Pourquoi interdire une éolienne au seul critère qu’elle enlaidirait le paysage ou briserait sa «ligne de force»? Comment mettre en balance un critère esthétique actuel avec les besoins immédiats d’une énergie renouvelable qui n’entrave pas le développement des générations futures. Celles-ci seraient probablement très contrariées qu’on leur laisse une dette écologique alourdie par la prolongation des centrales nucléaires et au gaz pour n’avoir pas accepté une quelconque gêne dans nos paysages. Qui est «sans-gêne»?

La problématique des centrales hydroélectriques et des éoliennes souffre aussi du cloisonnement juridique régional. En effet, pourquoi, dans chaque région d’Europe, va-t-on nommer des commissions dont les inputs, les intervenants, les sensibilités différentes conduiront forcément à des conclusions et donc des lois différentes?

Des phobies souvent irrationnelles

J’avais été témoin d’un exemple amusant de cloisonnement juridique européen. En voyage au Danemark en 2005 pour visiter des écoquartiers, j’avais demandé à l’architecte ce qu’on faisait de l’eau de pluie. Celui-ci, étonné, me répondit qu’on n’en faisait rien car la législation danoise interdisait strictement tout usage de l’eau de pluie pour des questions d’hygiène. Celle-ci était simplement dirigée vers une mare centrale dans le jardin commun à une vingtaine de maisons. Je lui appris qu’en Belgique et plus encore en France, une telle mare serait interdite à moins d’être entourée d’une barrière d’un mètre de haut pour éviter que des bambins en bas âge ne s’y noient. D’un air tant amusé que dubitatif, il affirma que pareille mésaventure n’arrivait pas au Danemark.

Que retenir de cette anecdote? Que nos phobies sont souvent irrationnelles, colportées par des médias complaisants, promues par des intérêts financiers ou politiques, amplifiées au café du commerce ou aux barbecues estivaux. Qu’il faut sans doute être prêt à remettre son système de valeurs et ses certitudes en question, au risque de mourir idiot. Qu’il faut accepter une part de risque limitée dans la mesure où le risque zéro est un mythe.

En analysant les causes de mortalité, on déduirait qu’il faut interdire l’usage du tabac avant celui de l’amiante, ou la pratique du canoë avant celle du GSM dans les stations-service. dont personne n’a démontré le danger à ce jour. Or, il n’en est rien tant les réflexions et les législations ont été cloisonnées lors de leur élaboration. Il est notoire, par exemple, que la loi sur la sécurisation des piscines en France fût inspirée par un sénateur dont l’entourage a perdu un enfant par noyade. S’il était décédé d’un cancer du fumeur, une autre législation s’y serait peut-être substituée.

Le développement durable exige une approche systémique

Dans un article précédent, j’avais ainsi développé le décalage entre le sentiment de virulence du HIV responsable du SIDA et la réalité. Ce sentiment était propagé par des organismes publics bienveillants mais qui, sans le vouloir, empoisonnent la vie de l’ensemble de la population pour tenter d’éviter à quelques individus d’être contaminés. Il semblerait que le dépistage systématique afin de prescrire un traitement adéquat pour empêcher la maladie de se développer et de se propager soit une action plus efficace que de brandir des épouvantails inappropriés. Le cloisonnement de la réflexion et l’ignorance qui prévalait au siècle dernier sur cette maladie explique sans doute cette politique controversée.

La logique cartésienne qui consiste à découper les gros problèmes en petits problèmes, plus aisés à résoudre séparément, montre ses limites dès que le système devient complexe ou non linéaire. Signalons, l’exemple académique de l’équation du deuxième degré à une inconnue qu’il serait vain de tenter de résoudre en isolant les puissances de son inconnue.

Le développement durable renforce cette nécessité d’une approche systémique, où l’action ne peut se concevoir qu’en manipulant habilement les balances d’intérêts et non en brandissant systématiquement le principe de précaution. Non pas que ce dernier ne mérite pas qu’on s’y attarde, mais que l’inaction d’une nouvelle technologie prolonge la vie de l’ancienne sans qu’elle soit exempte d’impact, parfois bien plus important sur l’environnement et les générations futures.

Ici encore, le cloisonnement dans l’analyse ne peut conduire qu’à des paradoxes comme le maintien du développement des réseaux de gaz naturel tant qu’il n’existe pas de consensus sur le développement des réseaux de chaleur. En effet, les réseaux de gaz ne peuvent conduire qu’à maintenir la consommation de gaz fossile à effet de serre alors que les réseaux de chauffage urbains permettent la valorisation de chaleur industrielle ou d’incinérateurs, de cogénération ou de chaudière biomasse disposant de bonnes économies d’échelles tant au niveau de la diminution de la pollution de l’air que du prix du combustible primaire.

CONCLUSIONS

Le développement durable doit s’analyser globalement en pratiquant des balances d’intérêt et non en donnant des droits de véto à tous les intervenants qui s’opposent au changement.

Par définition, le développement requiert le changement. L’inaction entrave donc le développement durable ce qui maintient le développement non durable actuel. Or ces effets négatifs sont souvent bien supérieurs à ceux qu’un développement durable pourrait éventuellement apporter.

Il y a donc lieu d’examiner les projets de développement durable de manière globale en fixant des seuils admissibles pour les nuisances engendrées. Sans doute tout développement durable est imparfait mais sa qualité doit se mesurer par rapport au progrès qu’il permet en se substituant aux modes de développement actuels.

Laurent Minguet

Lire la suite...

15 octobre 2009

Isolation d’une maison: le tout est supérieur à la somme des parties

Le paradoxe du cloisonnement (2/6)



Supposons qu’on veuille construire une maison bien isolée qui, pour la simplicité de l’exposé, ne serait composée que de fenêtres et de murs. On pourrait penser que la meilleure isolation globale serait celle qui emploierait uniquement les vitrages et les murs au plus faible coefficient de conductibilité thermique symbolisé par la lettre U (anciennement K).

Pour illustrer le paradoxe dans ce cas précis, supposons que les meilleures fenêtres selon ce critère soient de 1,2 W/m²K et le meilleur mur, de 0,3 W/m²K. Pour la facilité de lecture, on oubliera de mentionner l’unité de mesure W/m²K. Supposons encore que l’enveloppe de la maison soit de 100 m² dont 40 m² de vitrage et 60 m² de murs. Le coefficient global sera de:

(40 x 1,2 + 60 x 0,3) / 100 = 0,66

On pensera alors qu’une maison de 100 m² ne peut qu’être moins bien isolée dès lors qu’elle utilise, par exemple, des vitrages de 1,4 au lieu de 1,2 et des murs de 0,4 au lieu de 0,3. C’est pourtant faux si l’architecte diminue la surface vitrée à 20 m² contre 80 m² de murs. En effet, le coefficient global sera dans ce cas de:

(20 x 1,4 + 80 x 0,4) / 100 = 0,60

Je conviens que si le problème avait figé les aires des fenêtres et des murs, le bâtiment construit avec les éléments moins performants aurait un coefficient plus élevé:

(40 x 1,4 + 60 x 0,4) / 100 = 0,80

Mais dès lors qu’on ne fixe pas la quantité de ces éléments, il ne sert à rien de fixer des contraintes sur leurs coefficients propres si on veut optimiser le coefficient global.

C’est pourtant ce que fait la norme complexe que la Région wallonne impose au constructeur. Plutôt que de se borner à lui demander de mettre en œuvre un bâtiment dont le coefficient global soit de K 45 afin de limiter sa déperdition thermique, elle croit bon de lui imposer que tous les éléments qui constituent son enveloppe ne dépassent pas des valeurs fixées, ce qui est inutile.

L.M.

Lire la suite...

14 octobre 2009

Interdiction de chauffer de l’eau électriquement: un totalitarisme inique

Le paradoxe du cloisonnement (3/6)



La production durable d’eau chaude sanitaire n'échappe pas au paradoxe du cloisonnement. Le législateur a crû intelligent d’interdire le chauffage électrique puisqu’il consomme deux fois plus d’énergie primaire quand il est produit par une centrale électrique au gaz que le chauffage direct au gaz.

Pour illustrer ce propos, imaginons une maison qui produit son eau chaude avec une chaudière à pellets pendant la période hivernale donc, sans émission de CO2. Pendant la période estivale, des panneaux solaires thermiques fournissent 90% de l’énergie nécessaire pour chauffer l’eau, mais 10% doivent provenir d’un appoint électrique. Une maison plus classique produira de l’eau chaude toute l’année avec un chauffe-eau au gaz.

Pour simplifier le calcul, on supposera que la chaudière au gaz a un rendement de 100% même à charge réduite et qu’on doive produire mensuellement 100 kWh de chaleur pour l’eau chaude sanitaire.

L’eau chaude produite par le système classique au gaz consommera donc 1.200 kWh de gaz par an alors que le système sophistiqué consommera uniquement 10 kWh d’électricité pendant les 6 mois d’été soit 120 kWh de gaz.

On objectera que si l’appoint estival est fourni par une chaudière au gaz, on consommera seulement 60 kWh au lieu de 120 kWh. Mais ce système est exagérément lourd et ne sera jamais adopté économiquement, sans compter qu’une chaudière au gaz qu’on n’allumerait que pour fournir quelques kWh aura un rendement peut être même inférieur à celui de la filière électrique.

Cet exemple nous enseigne que le législateur se fourvoie quand il introduit des contraintes surabondantes pour viser un objectif comme minimiser la quantité de gaz a effet de serre pour produire de l’eau chaude sanitaire toute l’année.

L.M.

Lire la suite...

13 octobre 2009

Les normes anti-pollution trop sévères pour les chaudières collectives sont contre-productives

Le paradoxe du cloisonnement (4/6)



Une chaudière individuelle doit respecter des normes moindres en matière d’émission de pollution qu’une chaudière industrielle simplement parce que le contrôle de celle-ci et les moyens mis en œuvre pour réduire les rejets sont possibles sur de grandes chaudières et irréalisables pour des unités individuelles. Cette différence de traitement induit un paradoxe de cloisonnement.

En effet, supposons que la chaudière individuelle produise 10 unités de pollution par m³ d’air contre 1 unité pour la chaudière collective. Une législation sévère pour les chaudières collectives et laxiste pour les chaudières individuelles risque de forcer la préférence pour les solutions individuelles qui sont pourtant 10 fois plus polluantes.

Le cloisonnement temporel peut aussi provoquer des paradoxes. Un exemple connexe, celui des normes anti-pollution des incinérateurs, est tristement révélateur. Pétri de bonnes intentions, le législateur va souhaiter qu’un incinérateur produise le moins de polluants par m³ d’air en moyenne. Il fixera une norme qui exigera qu’à tout moment, l’incinérateur ne produise pas plus de 10 unités par m³. Or, un incinérateur qui produit 5 unités par m³ pendant 90% du temps et 15 pendant 10% du temps relâche donc en moyenne 6 unités par m³ soit nettement moins qu’un incinérateur qui relâcherait 9 unités de manière constante.

L.M.

Lire la suite...

12 octobre 2009

Le mirage de la voiture à hydrogène, rejeton du cloisonnement

Le paradoxe du cloisonnement (5/6)



Le paradoxe du cloisonnement est largement présent quand on isole un processus de son cycle de vie. Ainsi, il est coutumier de vanter le caractère écologique de la voiture à hydrogène puisqu’elle ne produit pas de CO2 quand elle roule. C’est oublier un peu vite que la production industrielle d’hydrogène est réalisée avec du méthane (CH4) en coproduisant du monoxyde de carbone (CO) qui s’oxydera en dioxyde de carbone (CO2). Ainsi, pour fournir 2 molécules d’H2 à partir d’une molécule de CH4, on produit une molécule de CO2 exactement comme si on avait utilisé du CH4 dans un moteur. En raison des pertes successives du reformage et du stockage comprimé, on récupère moins d’énergie mécanique par la filière hydrogène que celle au gaz naturel. Faire avancer un véhicule à l’hydrogène génère donc, pour l’instant, davantage de CO2 par kilomètre parcouru qu’un véhicule au méthane.

On objectera que l’hydrogène pourrait, dans le futur, provenir d’un processus utilisant de l’électricité renouvelable comme celle, par exemple, issue d’une éolienne. C’est vrai, mais cela n’en ferait peut-être pas pour autant le processus le plus efficient. En effet, une batterie au plomb utilisée dans les véhicules électriques permet de restituer 75% de l’électricité stockée. La filière hydrogène électrique du futur requiert successivement une électrolyse au rendement énergétique de 60%, un stockage par compression au rendement de 80%, puis un moteur thermique au rendement de 40%. Le rendement global (60% de 80% de 40%) est donc inférieur à 20%. Il faudrait ainsi dépenser nettement plus d’électricité renouvelable pour faire avancer un véhicule à hydrogène qu’un véhicule à accumulateur.

On rétorquera que, dans le futur, on améliorera tout à la fois le rendement de l’électrolyse, du stockage et du moteur grâce, sans doute, à la pile à combustible. C’est possible mais il faudrait des progrès inouïs dans ces trois processus pour parvenir à égaler la performance de l’accumulateur au plomb ou même d’accumulateurs moins performants (mais beaucoup plus légers) comme le lithium-ion. Il est aussi permis de penser que les performances de ces accumulateurs vont s’améliorer, ce qui rendrait encore plus improbable un changement de compétitivité.

Quel serait donc l’intérêt de cette mythique voiture à hydrogène pour résoudre nos problèmes de mobilité durablement? Qui a intérêt à entretenir ce mythe, depuis des décennies, sans qu’aucune solution industrielle n’ait vu le jour et surtout sans qu’un modèle global théorique ne permette d’imaginer en quoi cette filière pourrait devenir compétitive dans le futur par rapport aux solutions existantes?

L.M.

Lire la suite...

11 octobre 2009

Pompes à chaleur, pompes à fric pour les producteurs d’électrons

Le paradoxe du cloisonnement (6/6)




Rappelons le principe de base: par un cycle thermodynamique identique à celui d’un frigidaire, l’électricité permet de pomper la chaleur de l’air ambiant pour augmenter la température d’un logement. Le «miracle» est que la consommation de 1 kWh électrique permet de pomper en moyenne annuelle 2,5 kWh de chaleur dans l’air ambiant même en hiver. On s’émerveillera que ce type de chauffage ne nécessite plus de cheminée et ne produit localement pas de CO2.

Ici encore, nous sommes en plein paradoxe de cloisonnement. En effet, l’électricité nécessaire à la pompe à chaleur est fournie actuellement par des centrales thermiques au gaz qui utilisent en moyenne environ la même quantité d’énergie primaire pour fournir l’électricité à la pompe à chaleur que celle d’une classique chaudière au gaz. La production de CO2 est donc globalement identique. La pompe à chaleur est plutôt un système de chauffage électrique plus efficient que le chauffage électrique classique mais n’est en rien une solution de chauffage renouvelable. Il n’est pas surprenant qu’en France EDF accorde des prêts à taux préférentiel pour l’installation d’une pompe à chaleur.

Dans certains cas précis, la pompe à chaleur est nettement plus performante. Il faut cependant chauffer un nouveau bâtiment bien isolé avec de l’eau à basse température – moins de 30°C – en disposant d’une source de chaleur constante en eau souterraine à plus de 10°C. Le coefficient de performance annuel peut alors dépasser 4 voire 5 kWh de chaleur par kWh électrique. Ce système permet donc une consommation moindre d’électricité (et donc de méthane) que le chauffage direct au gaz. Il est regrettable que ce système soit, en pratique, interdit en Région wallonne, davantage soucieuse de protéger ses eaux souterraines que de promouvoir un chauffage plus efficient, contrairement à nos régions voisines: la Région bruxelloise, la France, les Pays-Bas...

L.M.

Lire la suite...

26 juin 2009

600 centrales au bois-énergie pour chauffer 50% du pays



Le plan Decrop-Minguet «cogénération-biomasse Belgique» propose de construire 600 centrales au bois-énergie pour chauffer 50% du pays. Un énorme ballon d’oxygène qui dégagerait substantiellement la Belgique des énergies fossiles et nucléaire.

Fournir la totalité des besoins en chaleur de 50% des logements et des bâtiments publics en Belgique, c’est possible en construisant 30.000 km de réseaux de chaleur où circulent de l’eau chaude. C'est en tout cas ce qu'affirment Jehan Decrop, conseiller au service d’études de la CSC, et Laurent Minguet, président du cluster TWEED et administrateur d'EDORA, dans un rapport présenté cette semaine à la presse.

Selon ce plan, qu'ils signent tous deux à titre personnel, l’ensemble des agglomérations et des villes en territoire rural seraient desservis (environ 55% de la population belge s’y trouve). La production de cette chaleur sera assurée par 600 centrales de cogénération d’une puissance moyenne de 50 MW. La cogénération produira simultanément de la chaleur et de l’électricité.

L’électricité verte sera injectée dans le réseau existant et bénéficiera de certificats verts, car le combustible des centrales sera le bois-énergie. Un même hectare de terre peut produire jusqu’à 5 fois plus d’énergie sous forme de bois à brûler que sous forme de biocarburant. Ces cultures de bois-énergie peuvent être plantées à grande échelle et de manière durable dans les pays subtropicaux, comme le Sénégal.

Par le biais d’un partenariat win-win entre la Belgique et ces pays, où des conditions strictes mais raisonnables peuvent être négociées, édictées et vérifiées (durabilité de la plantation, absence de déforestation, intégration des paysans locaux dans le montage, etc.), c’est toute une filière d’approvisionnement énergétique que l’on sécurisera et qui remplacera une bonne partie des combustibles fossiles et nucléaire.

La chaleur verte sera injectée dans les réseaux de chaleur d’une longueur moyenne de 50 km, afin de desservir les logements et bâtiments via des échangeurs de chaleur (qui remplaceront les chaudières actuelles). La chaleur sera proposée aux particuliers à un prix inférieur à l’équivalent mazout ou gaz.

Le rendement thermique annuel moyen (chaleur valorisée / énergie primaire) serait de 25%, ce qui est acceptable vu la production simultanée d’électricité. Un rendement qui pourrait même être rehaussé sensiblement si la chaleur résiduelle est valorisée, soit dans des processus industriels spécifiques (séchage, etc.), soit par trigénération (production de froid à partir de la différence de température entre chaleur résiduelle des centrales et l’air ambiant), soit encore par stockage saisonnier de la chaleur.


Sommaire du plan cogénération-biomasse Belgique

SYNTHÈSE 2

1. POURQUOI NOTRE MODÈLE ÉNERGÉTIQUE ACTUEL N’EST PAS SOUTENABLE 5

  • 1.1. QUELQUES CHIFFRES EN GUISE D’INTRODUCTION 5
  • 1.2. UNE FACTURE ÉNERGÉTIQUE EN HAUSSE, UN ÉNORME GASPILLAGE 10
  • 1.3 L’IMPASSE DU NUCLÉAIRE 12
  • 1.4. L’IMPASSE CLIMATIQUE 17
  • 1.5. LES AUTRES IMPASSES LIÉES À NOTRE MODÈLE ÉNERGÉTIQUE 19

2. LES OPPORTUNITÉS POUR UN CHANGEMENT DE CAP 23
  • 2.1. DES INVESTISSEMENTS COLOSSAUX À RÉALISER DANS LES 15 PROCHAINES ANNÉES 23
  • 2.2. DES TECHNOLOGIES D’ÉNERGIE RENOUVELABLE AU POINT ET APPLICABLES À GRANDE ÉCHELLE 27
  • 2.3. CRÉER DE LA VALEUR AJOUTÉE ET DE L’EMPLOI LOCALEMENT 33
  • 2.4 L’IMAGE DE MARQUE DE LA BELGIQUE 36

3. LA BIOMASSE-ÉNERGIE : POURQUOI ? 38
  • 3.1 UNE IMAGE À CASSER : LA BIOMASSE N’EST PAS LE BIOCARBURANT ! 38
  • 3.2 DES RESSOURCES EN SUFFISANCE AU NIVEAU MONDIAL 40
  • 3.3 UN COÛT RAISONNABLE PAR RAPPORT AUX AUTRES SOURCES D’ÉNERGIE RENOUVELABLE 47
  • 3.5. EN BELGIQUE : RESSOURCES LIMITÉES MAIS PAS INEXISTANTES 52
  • 3.6. UN PARTENARIAT WIN-WIN ENTRE LA BELGIQUE ET LES PAYS SUB-TROPICAUX 58

4. LE PROJET : 600 CENTRALES DE COGÉNÉRATION-BIOMASSE AVEC RÉSEAUX DE CHALEUR 62
  • 4.1. LE PRINCIPE DE LA COGÉNÉRATION 62
  • 4.2. LA COGÉNÉRATION BIOMASSE 65
  • 4.3. LES RÉSEAUX DE CHALEUR 68
  • 4.4. CONVERTIR MASSIVEMENT NOTRE SYSTÈME ÉNERGÉTIQUE D’ICI 2030 : MACRO-ÉCONOMIE DU PROJET GLOBAL 73
  • 4.5. CHAQUE PROJET EST RENTABLE : BILAN MICRO-ÉCONOMIQUE D’UNE CENTRALE DE COGÉNÉRATION COUPLÉE À UN RÉSEAU DE CHALEUR 81

5. MISE EN ŒUVRE ET GARDE-FOUS 85
  • 5.1. MISE EN ŒUVRE PROGRESSIVE MAIS RAPIDE 85
  • 5.2. RÔLE ET RESPONSABILITÉ DES POUVOIRS PUBLICS 86
  • 5.3. RÔLE ET RESPONSABILITÉ DES INVESTISSEURS PRIVÉS 88

Télécharger le rapport (PDF - 2,65 Mo)

Lire la suite...

04 janvier 2009

SIDA et DD

Vérités, inconnues et idées fausses sur le SIDA


Le SIDA, cette terrible maladie, est mal connue du grand public. Et même parfois des médecins. Au début de sa découverte, vers 1983, des idées farfelues ont circulé à son sujet. Un quart de siècle plus tard, on a réalisé des progrès extraordinaires sans qu’on puisse encore fabriquer de vaccin...

Quel rapport entre SIDA et développement durable? La sexualité fait partie de la panoplie de nos besoins de base, de même que la procréation. Est-il possible de les satisfaire sans compromettre la satisfaction des besoins des générations futures si l’épidémie prolifère?

Il s’agit bien d’un débat qui doit être examiné sous la loupe du développement durable à l’instar de l’énergie ou de la production de nourriture, avec la rigueur scientifique d’usage et en laissant nos tabous au vestiaire.

Le SIDA, c’est quoi?

Sans faire de cours de médecine, rappelons les principes de base de cette maladie.

Le SIDA (syndrome d’immunodéficience acquise) est une dépression du système immunitaire qui rend le sujet nettement plus vulnérable aux maladies opportunistes ainsi qu’aux cancers ou à l’insuffisance rénale, par exemple. Il se manifeste d’abord par des pertes de poids, des infections des voies respiratoires puis des diarrhées ou des fièvres inexpliquées pendant plus d’un mois, voire une tuberculose. Enfin, au stade clinique le plus sévère, le patient peut être atteint du sarcome de Kaposi ou de toxoplasmose cérébrale.

Ces stades sont assez bien corrélés avec une diminution du taux de lymphocytes T (CD4), normalement compris entre 700 et 1.100 unités par mm³ dans un système immunitaire sain.

En dessous de 350, commencent les premiers symptômes. En dessous de 200, le patient est dans un état de SIDA avancé qui conduit à la mort.

Une maladie virale

C’est le rétrovirus VIH (virus de l’immunodéficience humaine) qui est responsable du développement de la maladie. Il provient du VIS (virus de l’immunodéficience du singe). Il existe plusieurs formes de virus qui mutent régulièrement.

Une à six semaines après la première infection, le VIH prolifère rapidement jusqu’à un million de copies virales par millilitre de sang. Le taux de CD4 diminue à 500. Quelques symptômes banals peuvent se déclarer: fièvre, céphalée, asthénie, ulcérations des muqueuses, éruption cutanée…

L’organisme réagit alors pour diminuer le nombre de copies le plus souvent en dessous de 30.000 copies par millilitre, cela en deux à trois semaines, et les symptômes disparaissent.

Mais pas le virus. Il prolifère à nouveau lentement pendant plusieurs années durant lesquelles le taux de CD4 diminue jusqu’aux développements des symptômes généraux puis des maladies opportunistes. L’état infectieux est appelé séropositivité.

Modes de transmissions

Le VIH est présent dans le sang mais aussi dans les sécrétions comme le sperme.

Il se transmet donc quand du sang ou du sperme d’une personne infectée sont en contact avec le système sanguin d’un sujet sain, par une blessure ou une plaie ouverte. Il se transmet aussi plus facilement au travers de muqueuses malsaines.

La transmission est favorisée quand le système immunitaire du patient est affaibli, notamment par l’usage de drogues.

Contrairement à ce qu’on croyait dans les années 80, le VIH n’est pas présent dans la salive et ne se transmet pas en embrassant ou en buvant au même verre qu’une personne infectée, à l’inverse de la mononucléose, par exemple. De même le virus ne se transmet pas au contact de la peau, comme la lèpre ou le choléra, ni par voie aérienne comme la grippe.

Il est sensible aux températures supérieures à 60°C et meurt rapidement en dehors du corps humain. Ainsi, le VIH ne se transmet pas par piqûres de moustiques qui le digèrent, contrairement au parasite du paludisme ou au virus de la fièvre jaune.

La transmission de sang contaminé par injection, lors d’une transfusion ou l’utilisation d’une seringue, infecte le receveur mais le virus meurt aussi rapidement à température ambiante et est rapidement détruit par des désinfectants comme l’alcool ou le chlore. Des seringues à usage unique permettent donc de limiter fortement ce risque de contamination.

Probabilités de transmission

D’après l’OMS, la probabilité de transmission par acte sexuel varie de 0,03 à 0,07% dans le cas de rapport vaginal réceptif, de 0,02 à 0,05% dans le cas de rapport vaginal insertif, de 0,01 à 0,185% dans le cas de rapport anal insertif, et de 0,5 à 3% dans le cas de rapport anal réceptif.

En moyenne donc, la transmission par voie vaginale est de 1/3500 pour l’homme si la femme est séropositive, et de 1/2500 pour la femme si l’homme est séropositif. Encore faut-il que les muqueuses des organes soient saines. Des infections comme l’herpès ou la syphilis augmentent fortement le risque de contagion. On notera aussi qu’un homme circoncis a moins de chance d’être infecté.

La transmission par rapport anal insertif est de 1/1000 et augmente à 1/50 pour un rapport réceptif avec une personne infectée. Cela explique la progression rapide de la maladie dans la communauté homosexuelle masculine surtout chez ceux qui fréquentent de nombreux partenaires.

Les statistiques sont très influencées par le degré d’infection du partenaire. Ainsi, un sujet VIH positif juste au-dessus du seuil de détection de 50 à 200 copies par millilitre est nettement moins contaminant qu’un malade du SIDA dont le taux de copies peut dépasser 1.000.000 par millilitre.

La probabilité de contamination par voie buccale en contact avec les sécrétions est quasi nulle.

Une mère séropositive risque environ une fois sur cinq de transmettre son infection en enfantant. Des techniques médicales préventives et notamment un accouchement par césarienne permet de diminuer ce risque à moins d’un pour cent.

Prévention et traitement

Il n’existe actuellement pas de vaccin après plus de vingt années de recherche.

Parmi les populations de type caucasien, il existe environ 1% d’individus dont la génétique les immunise contre le VIH.

De même, on constaterait qu’environ 5% des prostituées brésiliennes en contact quotidien avec le VIH semblent développer une immunité qui retombe cependant rapidement si elles interrompent leurs pratiques. Ces populations paradoxales suscitent des espoirs de vaccin, dont la mise au point risque cependant d’être trop longue. De plus, ces hypothèses sont très controversées.

Contrairement à une infection classique comme la rougeole, par exemple, l’incubation du SIDA dure plusieurs années et les symptômes sont loin d’être aussi visibles.

Il est aussi difficile de réaliser des tests sur des populations cobayes saines sans compromettre les règles d’éthique.

Le virus du SIDA mute rapidement à l’instar de celui de la grippe. Cela complique également la mise au point d’un vaccin.

Un usage correct du préservatif lors des rapports sexuels diminue les risques de transmission à plus de 99% mais une mauvaise utilisation fait retomber cette statistique à 90% (à l’instar de la couverture contraceptive).

La multithérapie permet de traiter une personne malade du SIDA en faisant remonter son taux de CD4 au-delà de 500 par mm³. La personne infectée ne présente plus les symptômes de sa maladie moyennant un traitement financièrement coûteux et loin d’être neutre pour l’organisme, mais elle reste séropositive. Le risque de transmettre la maladie à un sujet sain diminue.

Epidémiologie mondiale

D’après le programme ONUSIDA, il y aurait environ 33 millions de personnes infectées par le VIH dans le monde dont plus de 30 millions dans les pays en développement. La maladie contamine 2,5 millions de personnes par an dont 1,7 million rien qu’en Afrique subsaharienne.



Sur la carte ci-dessus, la superficie de chaque pays reflète la proportion des séropositifs de la planète (âgés de 15 à 49 ans) vivant dans ce pays en 2003.

Les habitants de nombreux pays en développement n’ont pas accès aux traitements, trop coûteux. Pour une personne qui gagne moins de 2€ par jour, même le préservatif est trop cher. De plus, son usage est souvent interdit par conviction religieuse. Les gouvernements manquent souvent de moyens ou de volonté politique pour informer les populations.

En Afrique subsaharienne, berceau du virus où il est apparu vraisemblablement au début du 20e siècle, la pandémie s’est étendue à 22 millions de personnes.

L’Afrique du nord et le Moyen-Orient comptent moins de 400.000 personnes infectées.

Ainsi, l’Afrique dénombre environ 22,5 millions de personnes contaminées sur 960 millions soit 2,3% en moyenne avec d’énormes différences d’un pays à l’autre.

Le tourisme sexuel est responsable de 4,8 millions de personnes infectées en Asie sur 4 milliards de personnes soit un peu plus d’une personne sur mille.

L’Europe occidentale dénombre 760.000 personnes infectées sur 437 millions, soit un peu moins de deux personnes sur mille.

Enfin, en Amérique latine, il y a 1,6 millions de personnes infectées sur 580 millions, soit un peu moins de trois pour mille.

En Amérique du nord, on compte 1,3 millions de personnes infectées sur 342 millions, soit un peu moins de quatre pour mille.

Parmi les gens infectés, on compte 40% d’hommes et 60% de femmes. Cette disproportion s’explique par le mode de transmission qui est plus élevé pour les rapports réceptifs.

Les communautés à risque dans les pays développés

Les statistiques de transmission permettent d’expliquer les écarts importants de personnes infectées dans les communautés à risque.

Alors que la maladie n’était pas connue, début des années 80, les transfusions au sang contaminé entraînaient très souvent une infection. Aujourd’hui, ce danger est éliminé car les donneurs sont systématiquement analysés.

Les toxicomanes qui pratiquent l’échange de seringues mal désinfectées augmentent le risque de transmission par intraveineuse.

Comme nous l’avons vu, la communauté homosexuelle/bisexuelle est particulièrement affectée.

Les personnes originaires d’Afrique subsaharienne constituent aussi une communauté à risque.

Et en Belgique?

D’après l’Institut scientifique belge de santé publique (ISSP), voici la situation au 31 décembre 2007.

Depuis le début des statistiques en 1986, 20.007 personnes ont été recensées séropositives. Depuis 2003, il y a en moyenne 1000 cas nouveaux par an.

Il est vraisemblable qu’il en existe environ 500 de plus qui n’ont pas encore été dépistés. En effet, environ 50 personnes par an découvrent leur séropositivité lors du diagnostique du SIDA. Ils proviendraient de 500 personnes infectées qui l’ignorent, avec une incubation moyenne de 10 ans.

Parmi les 20.007 personnes recensées séropositives, 3769 ont été diagnostiquées malades du SIDA.

Dans les deux cas, il faut décompter les personnes identifiées mais décédées ou émigrées.

Il n’est donc pas évident d’estimer le nombre de personnes séropositives en Belgique à moins de procéder à des tests statistiques sur un grand nombre de résidents au hasard.

André Sasse de l’Institut scientifique de santé publique (ISSP) pense qu’il y aurait environ 12.000 personnes infectées résidentes en Belgique.

En étudiant les statistiques de dépistage entre 2000 et 2006 (lire «Combien de séropositifs en Belgique?»), on peut alors estimer que 48% de cette population contaminée, soit 5763 personnes proviennent d’Afrique subsaharienne où la maladie est largement plus répandue. Sachant qu’il y a environ 60.000 résidents d’origine subsaharienne en Belgique, environ 10% d’entre eux seraient séropositifs.

Environ 25% des 12.000 séropositifs belges, soit près de 3000 personnes, feraient partie de la communauté homosexuelle/bisexuelle -leur nombre est en augmentation. En supposant que 3% de la population masculine belge forment une communauté de 150.000 homo/bisexuels, 2% seraient infectés.

Les contaminations par transmission intraveineuse (transfusion, toxicomanie) et mère-enfant à l’accouchement seraient inférieures à 2%, soit moins de 250 personnes.

Seuls 8% des personnes infectées, soit environ 1000 personnes, ne font partie d’aucun de ces groupes à risque et forme ce qu’on peut appeler le « groupe neutre ». En Belgique, il y a environ 10 millions de personnes qui ne font pas partie de la communauté homo/bisexuelle ou subsaharienne ou toxicomane. Parmi cette communauté, seulement 0,01% des personnes seraient infectées, soit environ 400 hommes et 600 femmes.

Une «chance» sur 30 millions

Le risque zéro n’existe pas mais supposons qu’un homme sain ait une relation vaginale non protégée avec une femme de la communauté neutre qui a donc une occurrence sur 8000 d’être séropositive. Le risque d’être contaminé est d’environ 1 sur 30 millions soit moins que le risque d’attraper le cancer si une personne fume une seule cigarette à côté de vous ou bien celui de mourir en parcourant 1 km à vélo.

Une femme saine qui a un rapport vaginal avec un homme de la communauté neutre a la même probabilité d’être infectée. En admettant qu’il puisse faire partie de la communauté homo/bisexuelle (3000 sujets infectés supplémentaires), la probabilité est d’environ 1 sur 4 millions.

Le danger d’un rapport anal réceptif avec ce même partenaire bondit à 1 sur 73.000 soit environ le risque de décéder d’une chute durant les 30 prochains jours.

Dans tous ces cas de figures, il y a un écart entre la crainte de la maladie et le danger réel. Celui-ci a été véhiculé par des films dans les années 80 ainsi que des campagnes de sensibilisation nécessaires mais volontairement non nuancées.



En effet, ces campagnes d’information et de prévention ne pouvaient se permettre de préciser ces statistiques extrêmement discriminantes qui auraient pointé du doigt les personnes d’origine subsaharienne, les homosexuels masculins et les toxicomanes.

Bien entendu, la majorité de la population de ces communautés n’est pas infectée par le VIH. Simplement le risque qu’elle ne le soit pas est plus important que dans la communauté neutre.

Un dépistage individuel indispensable


Il n’est donc pas utile de se faire un sang d’encre au moindre déchirement de préservatif voire si on oublie sporadiquement de se protéger. Un test de VIH vous rassurera définitivement dans l’immense majorité des cas.

On objectera qu’il vaut mieux ne pas jouer avec la chance et systématiser l’usage du préservatif puisqu’il diminue davantage le risque.

C’est vrai mais le risque est notre quotidien. Pourquoi la voiture, le cheval, le vélo, le ski, la consommation d’alcool ou de nourriture moins diététiques? Nous pratiquons chaque jour une balance d’intérêt entre le danger et le plaisir procuré par ces pratiques. Encore faut-il être bien informé des statistiques pour réaliser le juste équilibre de cette balance d’intérêt.

Dans le cas du SIDA, certains peuvent éprouver un plaisir moindre à l’utilisation du préservatif ou trouver que «mettre des gants» de crainte d’être infecté par son partenaire casse l’image d’Epinal de la relation amoureuse.

Il semble en tout cas indispensable que chacun se prête au dépistage du VIH afin de savoir s’il peut contaminer ou non son partenaire en cas de rapports non protégés. D’autant plus qu’il existe aujourd’hui des thérapies pour traiter la maladie ou la prévenir ainsi que pour diminuer la virulence de la personne infectée.

Une personne séropositive peut avoir une vie sexuelle normale à condition de systématiser l’usage du préservatif.

Dépistage et statistiques

Les taux de séropositivité varient fort d’un pays à l’autre. Il faut cependant relativiser la probité des chiffres puisque les dépistages ne sont jamais systématiques et que les techniques statistiques augmentent la probabilité d’erreur.

Au Sénégal, par exemple, le taux n’est que de 1% alors qu’il grimpe à 7% au Congo où le SIDA a été identifié la première fois en 1959.

En 1992, l’Ouganda subissait un taux de séropositivité de 30%. Grâce à une campagne de sensibilisation en encourageant l’usage systématique du préservatif le taux de prévalence est retombé à 6% en 2004.

Par contre, le gouvernement sud africain a nié la relation de cause à effet entre le VIH et le SIDA ainsi que son mode de transmission par voie sexuelle. Pour eux, c’était une invention des pays occidentaux pour discriminer les populations africaines. En quelques années, le taux de séropositivité a grimpé à 30%.

Le futur n’est pas maintenant

Le vaccin contre le SIDA risque de se faire attendre longtemps encore, contrairement aux traitements. Quand bien même celui-ci existerait, il faudrait encore l’administrer aux milliards d’humains les plus concernés mais aussi les plus pauvres.

Faudra-t-il admettre que la maladie tue des millions de personnes chaque année comme le paludisme faute de moyens financiers et humains pour le soigner?

Peut-être aussi l’espèce humaine va-t-elle réagir par darwinisme et évoluer vers une résistance accrue à ce rétrovirus. Ainsi, la population simiesque a-t-elle évolué vers plus de résistance, et vit aujourd’hui sans être particulièrement menacée avec le VIS sans avoir pratiqué ni prévention ni traitement bien évidemment.

La discrimination est injustifiable

Dans l’état actuel des connaissances, il est cependant clair que la discrimination à l’égard des personnes contaminées ne se justifie absolument pas. La probabilité de contagion en dehors des pratiques sexuelles étant quasi inexistante, infiniment moindre que celle d’attraper une grippe – 220.000 morts en 2007 dans l’Union européenne – ou de développer un cancer en présence de fumeurs. Il serait excessif d’interdire l’accès d’un séropositif dans un groupe sain (bureau, école, centre de loisirs…).

Il faudra cependant encore des années pour que la population abandonne ce réflexe d’exclusion à l’égard des séropositifs tant nous avons été mis en garde depuis 25 ans contre cette maladie paradoxale, à la fois très peu contagieuse mais très mortelle dans le monde, surtout dans le tiers-monde.

Laurent Minguet


Sources:

ISSP, Epidémiologie du SIDA et de l’infection à VIH en Belgique
(31 décembre 2006).

ISSP, Le VIH/SIDA en Belgique
(31 décembre 2007).

INED, Populations en chiffres
.

Office des étrangers, Statistiques, Population étrangère/Royaume par nationalité
(2 janvier 2009).

Wikipedia, SIDA
. - Discussions avec Michel Moutschen (Université de Liège) et André Sasse (ISSP/OMS).


Télécharger l’article en PDF

Lire la suite...

Combien de séropositifs en Belgique?


Cliquer sur le tableau pour l’agrandir

En jaune figurent les statistiques données par l’Institut scientifique de santé publique (ISSP) pour les résidents belges, hommes et femmes, ainsi que tous résidents confondus (belges + étrangers) pour trois périodes entre 2000 et 2006.

Le nombre d’hommes ayant contracté le virus par voie hétérosexuelle (374) semble trop élevé par rapport à celui des femmes (234). En effet, la transmission par voie hétérosexuelle devrait plutôt faire apparaitre une statistique 60%-40% à majorité féminine comme on observe dans les communautés où le taux d’homosexualité est négligeable. Si le nombre des femmes est correct, on en déduit que celui des hommes est de 156 au lieu de 374. La différence (218) serait alors le nombre d’hommes qui ont été infectés à la suite d’un rapport homosexuel mais qui n’ont pas osé l’avouer. Nous avons donc ajouté ce nombre aux 959 qui ont reconnus avoir été contaminé par des rapports homosexuels.

Il est intéressant de constater que le groupe des transmissions par accouchement ou transfusion sanguine comporte un nombre similaire d’hommes et de femmes (en vert sur le tableau), ce qui conforte les statistiques.

Comme il y a 48 hommes infectés par prise de drogue intraveineuse (75%) contre seulement 16 femmes (25%), on peut en déduire qu’il y a trois fois plus de drogués chez les hommes que chez les femmes.

Comme l’ISSP nous livre le nombre total de Belges infectés entre 2000 et 2006 (1659) ainsi que le nombre total de résidents belges et étrangers infectés sur la même période (4787). On en déduit qu’il y a 3128 résidents étrangers infectés dont 73,5% d’origine subsaharienne.

Si on estime à 12.000 le nombre total de résidents infectés et qu’on admet que la proportion des groupes reste constante, on en déduit leur effectif respectif : 4159 pour les belges dont 2951 homosexuels, 978 hétérosexuels, 161 drogués par intraveineuse, 45 transfusés et 26 transmissions par la mère lors de l’accouchement (dernière colonne du tableau).

Il y aurait donc 7841 résidents étrangers infectés dont 5763 d’origine subsaharienne.

Il est certain qu’il y a une marge d’erreur dans ces statistiques extrapolées mais elles nous donnent un ordre de grandeur réaliste des principaux groupes : subsaharien, homosexuel et neutre.

Lire la suite...

01 janvier 2009

Voiture à hydrogène: je n’y crois pas!


Du coûteux platine dans la pile, trois fois moins d’énergie dans le réservoir, 70% de pertes énergétiques dues à l’électrolyse de l’eau, au transport et à la compression de l’hydrogène, une masse 40% supérieure à celle d’un véhicule classique équivalent… Les premières voitures à hydrogène accumulent décidément les tares!

Nouvelle pâture réjouit les veaux! Voici donc les premières voitures à hydrogène d’une autonomie de 500 km, dépassant la limite de vitesse autorisée avec une pointe à plus de 130 km/h. Fonctionnant avec une pile à combustible, l’hydrogène se combine silencieusement avec l’oxygène de l’air pour produire de l’électricité qui alimente un moteur électrique. De puissantes batteries Lithium-ion permettent au véhicule de démarrer à froid et de récupérer une partie de l’énergie au freinage ou en descente, à l’instar d’un véhicule hybride comme la Prius 2 de Toyota.

Du coûteux platine dans la pile

Nissan et Renault, qui expérimentent actuellement des prototypes, projettent de sortir leurs modèles de série vers 2015, Inch Allah! A quel prix? Mystère... Ce qui est sûr, c’est que la pile à combustible qui utilise du platine coûte actuellement plusieurs dizaines de milliers d’euros. Et le prix du platine ne risque pas de fondre dans le futur, surtout s’il est utilisé massivement tant pour produire de l’hydrogène avec de l’électricité par électrolyse de l’eau que dans des piles à combustibles destinées à consommer cet hydrogène...

3 fois moins d’énergie dans le réservoir

Comprimé à 700 bars, le réservoir de 125 litres stocke 3 fois moins d’énergie qu’un même volume d’essence ou de diesel. Cette pression est par ailleurs fort dangereuse. En cas d’incident, le véhicule exploserait comme une grenade, causant vraisemblablement la mort des passagers mais également des dommages dans un rayon de plusieurs dizaines de mètres comme l’explosion accidentelle des bonbonnes de plongée sous-marine.

40% plus lourd

A capacité égale, le véhicule pèse 40% de plus qu’un véhicule classique pour embarquer sa lourde technologie. Or, la consommation d’un véhicule en dessous de 90 km/h est quasi proportionnelle à son poids. Il faut donc 40% d’énergie supplémentaire pour effectuer un même trajet.
Il n’existe pas de gisement d’hydrogène. Sa production actuelle est faite avec du méthane, combustible fossile qui produit donc du CO2.

Electrolyse + transport + compression = 70% de pertes!

Dans le futur, on envisage de produire l’hydrogène par électrolyse de l’eau avec de l’électricité nucléaire ou renouvelable. Il faudra cependant consentir à perdre au moins 70% de l’énergie électrique initiale dans la chaîne de l’électrolyse de l’eau (40%) puis du transport de l’hydrogène (30%), vecteur énergétique 3 fois moins performant que le méthane, ensuite dans la compression à 700 bars (30%).
Avec un prix actuel de 6 centimes par kWh pour l’électricité éolienne, le kWh d’hydrogène comprimé coûterait donc environ 0,2€ soit 2€ pour l’équivalent d’un litre de LPG qui coûte actuellement 0,5€.

(M)éthanol à partir de bois-énergie renouvelable

Je crois davantage dans l’éthanol ou le méthanol produits à partir de bois renouvelable sans peser sur les surfaces agricoles réservées à l’alimentation. Dans ce cas, le bilan CO2 est quasi neutre. Ces carburants peuvent produire facilement la force motrice dans un moteur thermique au rendement de 30% à 35% un peu inférieur au rendement d’une pile à combustible de type PAFC (35% à 45%) mais dont le surpoids augmente in fine la consommation par km.
Le transport et le stockage de carburants liquides ou liquéfiables à température ambiante comme le LPG rendent leur utilisation bien plus économique et bien moins dangereuse que l’hydrogène ou le méthane qui doivent être stockés à haute pression dans de pesantes bonbonnes d’acier.
Rendez-vous donc dans 10 ans pour vérifier quel carburant et quel moteur remportera la bataille du transport!

Laurent Minguet


Lire également nos articles:
Buzz autour d’un mythe

L’électron va-t-il doubler l’hydrogène?

Lire la suite...